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Numok 2016 : 2 ateliers accessibles aux déficients visuels à la médiathèque Marguerite Duras

Par Hélène Kudzia

Lors d’une journée d’étude sur les tablettes, destinée aux bibliothécaires de la Ville de Paris, Fabienne Le Hein et moi avons présenté 2 ateliers numériques inclusifs, accessibles aux déficients visuels. Nous partageons ici la trame de notre intervention sous la forme d’un PowerPoint, car nous pensons que ces actions peuvent facilement être reconduites à la médiathèque Duras ou ailleurs. 

2 enfants un casque sur les oreilles, une tablette dans les mains

Atelier jeux sonores à la médiathèque Marguerite Duras : on joue à A blind Legend (copyright Médiathèque Marguerite Duras)

En octobre 2016 a eu lieu la 2e édition du festival Numok, autour de la culture numérique. Et cette année 2 ateliers étaient accessibles aux déficients visuels !

1. Atelier collectif de découverte des applications participatives (toutes les applications ne sont pas accessibles avec VoiceOver).

2. Jeux sonores

Toutes les applications présentées sont gratuites et disponibles sous IOS.

 

 

Retour d’expérience : Port’âge auprès du public déficient visuel à la médiathèque Marguerite Duras

objets symbolisant le portage : sac à dos, livres, livres audio, dvd

par Lou (Service civique mission Port’âge, médiathèque Marguerite Duras – Paris)

Le Port’âge est le service de portage de documents (livres, DVD, CD, livres audio, revues, etc.) à domicile des bibliothèques de la Ville de Paris. Gratuit, il est assuré par des volontaires du service civique auprès des personnes âgées ou handicapées.

En octobre 2015, j’ai commencé ce service civique de dix mois à la médiathèque Marguerite Duras (20e). Il s’agit, avec la médiathèque Marguerite Yourcenar (15e), de l’un des deux pôles « Lire Autrement » adaptés aux déficients visuels. Cela signifie une équipe formée à l’accueil de ce public, des collections spécifiques (documents en gros caractères, textes lus, format audio Daisy, DVD en audiodescription), un matériel informatique adapté, des animations et des services particuliers (prêt de lecteurs Daisy, ateliers multimédias, etc.).

Pendant quelques mois, nous avons été deux volontaires à assurer ce service auprès d’une quarantaine de bénéficiaires. Ce partage des tâches m’a laissé davantage de temps pour m’investir auprès des neuf malvoyants ou non-voyants bénéficiaires du Port’âge.

Tout d’abord, j’ai évidemment continué les visites à la Résidence Saint-Louis, un ensemble de studios réservés aux personnes souffrant de déficience visuelle et gérés par le Centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts. Je rendais visite à sept personnes toutes les trois semaines.

Si les documents les plus fréquemment prêtés aux personnes non-voyantes ou malvoyantes étaient les textes lus, les livres et revues au format audio Daisy et les DVD (en audiodescription ou non), il m’est également souvent arrivé d’effectuer pour eux des téléchargements sur les plateformes réservées aux bénéficiaires de l’exception Handicap que sont la BNFA (Bibliothèque numérique francophone accessible) et Eole, la bibliothèque numérique de l’association Valentin Haüy. Je mettais ensuite ces livres audio sur des supports numériques (clés USB ou cartes SD) que les bénéficiaires m’avaient fourni préalablement.

L’une de mes bénéficiaires, si elle était familière des textes lus, appréciait particulièrement la lecture en braille. La médiathèque de l’association Valentin Haüy envoie gratuitement par voie postale des livres en braille, mais les valisettes contenant les documents sont volumineuses et parfois lourdes, ce qui empêchait cette personne de faire directement appel à eux. Tout au long de l’année, j’ai donc fait venir des livres de l’association Valentin Haüy à la médiathèque Marguerite Duras pour lui porter ensuite.

Enfin, j’ai également apporté mon aide pour chaque séance de « L’oreille ne fait pas la sieste ». Cette animation est un rendez-vous mensuel autour des livres audio pendant lequel deux bibliothécaires présentent des coups de cœur ou des documents sur une thématique précise (les contes, les sélections du Prix France Culture-Lire dans le noir…). Mon aide consistait à préparer le matériel, proposer thé et gâteaux, aider les usagers à trouver des documents en rayon, enregistrer leurs choix. J’ai également eu l’occasion à quelques reprises de présenter moi-même des livres audio.

L’exception handicap en quelques chiffres à la médiathèque Marguerite Duras

Avec l’ouverture de la médiathèque Marguerite Duras en 2010, le réseau des bibliothèques de la Ville de Paris lançait son deuxième pôle Lire Autrement : une équipe formée à l’accueil des déficients visuels, des collections et des animations accessibles aux aveugles et malvoyants, bref un projet inclusif autour de la mixité des publics. 6 ans plus tard, le bilan est très positif !

Façade Médiathèque M Duras (c) Marc Verhille

Façade de la Médiathèque Durac (c) Marc Verhille

Les usagers aveugles et malvoyants sont au rendez-vous et de plus en plus nombreux : sur 362 bénéficiaires de l’exception handicap inscrits dans le réseau parisien en 2015 (238 en 2014), 73 se sont inscrits à Duras et 74 y ont emprunté des documents en 2015.

Si les usagers reviennent régulièrement, c’est avant tout pour profiter de la variété des collections mises à leur disposition. En tête des usages, on trouve le prêt de livres audio. Les collections spécifiques de livres et revues DAISY ont attiré 42 déficients visuels qui ont emprunté 718 documents DAISY (362 sur CD, 356 via téléchargement). Une petite moitié des inscrits aveugles et malvoyants ne recourt pour l’instant qu’aux collections accessibles à tous : DVD en audiodescription, musique, livres en gros caractères, livres tactiles… La gratuité offerte aux bénéficiaires de l’exception handicap pour l’emprunt de tous les supports est très appréciée.

Comme l’ensemble des fréquentants de la médiathèque, les aveugles et malvoyants manifestent leur intérêt pour la variété des services offerts et la possibilité d’alterner entre services personnalisés et activités inclusives : richesse de la programmation culturelle, portage, ateliers multimédia, notamment sur les lecteurs DAISY et le téléchargement de livres DAISY (31 séances en 2015)…

Nul doute que l’expérience acquise par l’équipe de la médiathèque Marguerite Duras joue un grand rôle dans le succès de son pôle Lire Autrement.

 

Festival NUMOK à Paris : deux ateliers co-animés par une équipe mixte Sourd/entendant !

A découvrir en vidéo : à Paris dans le cadre du Festival Numok, du 10 au 24 octobre, la bibliothèque Chaptal propose deux événements ludiques et inattendus co-animés par une équipe mixte Sourd/entendant !

Des cabines téléphoniques pour les personnes sourdes à la Médiathèque José Cabanis (Toulouse)

A découvrir en vidéo (pas de sous-titre) : A Toulouse, la Médiathèque José Cabanis met à disposition des cabines téléphoniques adaptées aux personnes sourdes s’exprimant via la langue des signes. Les échanges téléphoniques sont traduits en simultané par un interprète.

Les 5èmes rencontres Ville et Handicap de Toulouse

Les 5èmes rencontres Ville et Handicap, organisées par la Ville de Toulouse en décembre dernier ont été l’occasion de belles rencontres et de rendez-vous riches en échanges. Retour sur cet événement

Un parcours exposition dédié au handicap créé par le collectif Le Petit Cowboy a été proposé dans la ville invitant les toulousains à repenser leur vision du handicap. Retrouvez le parcours en images : http://www.cultures.toulouse.fr/-/nous-avons-teste-pour-vous-le-all-access-?redirect=%2F

Sur chaque étape du parcours, les toulousains pouvaient découvrir des petits films qui revisitaient l’image des personnes handicapées. Voir les vidéos.

5 sculptures originales créées par les artistes Art book collectif en collaboration avec l’entreprise de travail adapté Château Blanc jalonnaient aussi ce parcours.Véritable mobilier urbain créatif et participatif, ces sculptures proposaient du libre -échange sur l’espace public : échanges de livres, échanges de plantes, échanges de mots…

Tout au long de la semaine ont eu lieu des conférences sur la ville, l’école et l’entreprise inclusive.

Les différentes structures culturelles de la ville ont, quant à elles, présenté de nombreux spectacles accessibles et des visites adaptées à tous les handicaps : visite conversation , tactile, audio-descriptive adapté aux personnes en situation de handicap cognitif, contes en LSF…

La médiathèque José Cabanis avait choisi de proposer une adaptation des « Amours inutiles «  de Maupassant en version bilingue français /LSF par la compagnie MaMuse . Il ne s’agissait pas là d’une simple adaptation accessible de Maupassant mais d’un remarquable travail sur la langue, visuelle et orale. Après avoir fait une version entièrement en LSF de la pièce, puis une version entièrement en français, cette dernière version bilingue a totalement intégré les deux langues dans la mise en scène et la LSF rebondit d’un comédien à un autre, nourrissant le jeu des acteurs, apportant dynamisme et style à la pièce . Un régal ! https://vimeo.com/90518539

Une semaine all access qu’on aimerait bien vivre tous les jours !

Des livres à l’oreille…

Par Marianne Coatanhay

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Voici donc le 2ème billet consacré aux actions de médiation du livre audio en bibliothèque.

Le lancement de ce rendez-vous régulier à la Bibliothèque des Champs Libres de Rennes a répondu à plusieurs objectifs :

  • Notre souhait de valoriser l’ensemble des livres audio présents à la bibliothèque (plus de 3000 titres, auxquels s’ajoutent environ 700 CD au format Daisy). Physiquement, les livres audio de fiction sont regroupés, pour les adultes, sur le Pôle Langues et littératures au 4ème étage de la bibliothèque, et ils sont très empruntés par des publics divers : déficients visuels, personnes âgées ayant du mal à lire les livres imprimés, usagers passant beaucoup de temps dans les transports ou ayant des métiers manuels… Par contre les documentaires, classés sur les différents pôles en fonction de leur sujet, sont beaucoup plus difficiles à repérer, tant physiquement que dans notre catalogue.
  • Nous voulions aussi répondre à la demande de nos lecteurs déficients visuels d’avoir un rendez-vous régulier, pour partager autour de nos lectures et de nos coups de cœur respectifs.

Notre rencontre « Des livres à l’oreille » est donc née en octobre 2013. Lors de ce premier rendez-vous, étaient proposés les titres de la rentrée littéraire disponibles en format Daisy ; l’occasion de discuter des préférences des uns et des autres concernant les voix (différentes voix de synthèse et voix humaines) et de recueillir les propositions et souhaits concernant ce nouveau rendez-vous.

Le 2ème, en février 2014, était consacré aux documentaires. Des livres audio sur des sujets très divers ont été présentés et écoutés, et un accent particulier a été mis sur les méthodes de langues 100% audio, accessibles aux non-voyants.

En juin dernier, il était question de la Bretagne : romans, contes, classiques de la littérature bretonne, documentaires, romans policiers… présentés par notre collègue bibliothécaire du fonds régional ; pour finir, nous avons dégusté ensemble le gâteau de la fameuse empoisonneuse bretonne Hélène Jégado ! Tout le monde a survécu…

Le RV en pratique :

  • 1 fois par trimestre
  • Le jeudi après-midi, à partir de 17h
  • Une rencontre d’1h30
  • Un moment convivial, autour d’un goûter, dans une salle réservée aux médiations
  • 10 à 15 participants en moyenne, déficients visuels et accompagnants
  • Animation par le service accessibilité, et des collègues de la bibliothèque, associés selon les thématiques abordées
  • 15 à 20 titres présentés en moyenne (livres audio et CD Daisy) ; 5 ou 6 extraits sont écoutés sur un lecteur Daisy (Victor Reader Stratus M)
  • La plupart des titres présentés sont empruntés à l’issue du RV. Nous proposons aussi, pour compléter, le téléchargement de livres cités, à partir de la BNFA ou d’Eole, pour nos lecteurs qui le souhaitent.
  • Une bibliographie est proposée après la rencontre.

Prochaine rencontre autour des polars et de la science-fiction, à la demande de plusieurs participants !

Réflexion autour d’un espace « facile à lire », opus 1

Par Françoise Sarnowski

La médiathèque de Betton, dans l’agglomération de Rennes, est un équipement phare : créée en 2008, elle se fait déjà remarquer par son architecture exceptionnelle et son label HQE, Haute qualité environnementale. Ce fut un souhait politique d’inscrire cet équipement au cœur d’un parc situé en plein centre-ville, un splendide espace vert vallonné, avec de beaux arbres et des ponts qui enjambent la rivière. Le bâtiment mêle subtilement la terre, le bois, le cuivre et le verre.

La médiathèque a été baptisée Théodore Monod, en hommage au grand naturaliste, infatigable marcheur des déserts. Les coloris intérieurs brun et sable sont à l’image de la thématique développée dans les collections : l’Afrique.

Mediatheque_Betton

Au-delà du bâtiment, la médiathèque est aussi remarquable par son projet, développée par une équipe dynamique dirigée par Muriel Piffeteau, une bibliothécaire chevronnée qui a aussi effectué une formation d’audiodescriptrice. L’équipe  diversifie les propositions au public, autour du cinéma, des jeux vidéo, des livres-audio, des tablettes numériques, du prêt de baladeurs, etc. Elle a aussi le souci de répondre à une demande qui s’est formulée peu à peu, par l’intermédiaire des professionnels médico-sociaux travaillant dans les structures d’hébergement spécialisées de la ville.

Betton a en effet la caractéristique d’accueillir 12 établissements médico-sociaux, 10 de Betton, 2 des communes voisines (ESAT, MAS dépendant de l’hôpital psychiatrique, Foyer de déficients visuels, Résidence de personnes cérébro-lésées, Adapt, 2 Ehpad, etc). La demande récurrente faite à la médiathèque est donc de pouvoir trouver des livres pour adultes qui ont une déficience lourde mais qui lisent, simples mais attractifs, accessibles mais pas enfantins, et qui sortent du « livre pratique » que les résidents savent déjà très bien trouver (cuisine, jardins…).

Parallèlement, une bibliothécaire de l’équipe a suivi la formation sur « lectures faciles en bibliothèque » que j’ai eu le plaisir d’assurer pour la Médiathèque d’Ille-et-Vilaine, en lien avec le « kit » facile à lire constitué par Livre & Lecture en Bretagne. Et ce cheminement a amené tout naturellement l’idée d’implanter un Espace facile à lire au cœur de la médiathèque. Mais comment ? Je vous invite à suivre la réflexion des collègues de Betton qui sont justement au démarrage du projet !

Quel choix de livres ?

L’idée n’est pas de créer une nouvelle ligne budgétaire mais bien d’avoir une attention nouvelle lors des acquisitions. Et de diversifier les genres : livres-audio courts, petit choix de poésie, romans, recueils de textes, récits vécus…Par exemple, Petits moments de bonheurs volés de Francesco Piccolo (Denoël) a été repéré par Muriel lors de son arrivée sur les étagères. Format court, ton léger, valorisation du quotidien…

Muriel cite aussi, dans un autre genre, la collection Raconter la vie du Seuil : récits vécus d’ouvriers, de chauffeurs routiers…peu de pages mais du « vrai » extrait de la vie de ces « gens de peu » rarement présents dans la littérature.

Petis_moments_bonheursvolés   Raconter_vie_col

Idée intéressante de Muriel : appliquer aux films les mêmes principes du « facile à lire », du cinéma « facile à voir », c’est-à-dire être capables de trouver rapidement des titres de films en DVD accessibles mais sortant de ce que les résidents voient à la télé. Du cinéma de qualité, mais des films pas trop longs et qui donnent la pêche, parce que la vie en collectivité n’est pas toujours facile.

Quel lieu ?

Quelques rayonnages vont se déplacer en uniface sur un mur, quitte à supprimer une petite surface d’exposition pas très bien située, et l’espace retrouvé accueillera mobilier et chauffeuses, avec la lumière des vitres toutes proches et la vue sur le parc.

Quel mobilier ?

L’équipe est en quête et cherche dans les catalogues de fournisseurs des modules correspondant à ces critères : beaucoup de présentations en « facing », quelques rangements de stockage, un coloris qui contraste avec le reste du mobilier…Elle ne s’interdit pas de solliciter un scénographe pour un mobilier plus personnalisé.

Quel repérage ?

La signalétique n’a pas été décidée encore. Les mots « facile à lire » seront-ils retenus ? Hésitation…En revanche, oui, les livres auront un picto, peut-être le picto européen du facile à lire. D’autres détails seront à déteriner : quel critère de recherche dans le catalogue ? Mettre ou pas des indicateurs de niveau ?

.Picto_facile_lire

On le voit. Il faut mûrir ce type de réflexion pour construire un espace facile à lire. En même temps, pas de panique. Ces fonds sont conçus pour être une accroche, une vitrine. Les documents doivent y tourner, être constamment renouvelés pour une mise en appétit. Aucune erreur grave ! Et le succès est au bout, tant les publics concernés sont nombreux.

Nous reviendrons à Betton dans quelques mois, pour vous raconter la suite !