Handicap mental

Réflexion autour d’un espace « facile à lire », opus 1

Par Françoise Sarnowski

La médiathèque de Betton, dans l’agglomération de Rennes, est un équipement phare : créée en 2008, elle se fait déjà remarquer par son architecture exceptionnelle et son label HQE, Haute qualité environnementale. Ce fut un souhait politique d’inscrire cet équipement au cœur d’un parc situé en plein centre-ville, un splendide espace vert vallonné, avec de beaux arbres et des ponts qui enjambent la rivière. Le bâtiment mêle subtilement la terre, le bois, le cuivre et le verre.

La médiathèque a été baptisée Théodore Monod, en hommage au grand naturaliste, infatigable marcheur des déserts. Les coloris intérieurs brun et sable sont à l’image de la thématique développée dans les collections : l’Afrique.

Mediatheque_Betton

Au-delà du bâtiment, la médiathèque est aussi remarquable par son projet, développée par une équipe dynamique dirigée par Muriel Piffeteau, une bibliothécaire chevronnée qui a aussi effectué une formation d’audiodescriptrice. L’équipe  diversifie les propositions au public, autour du cinéma, des jeux vidéo, des livres-audio, des tablettes numériques, du prêt de baladeurs, etc. Elle a aussi le souci de répondre à une demande qui s’est formulée peu à peu, par l’intermédiaire des professionnels médico-sociaux travaillant dans les structures d’hébergement spécialisées de la ville.

Betton a en effet la caractéristique d’accueillir 12 établissements médico-sociaux, 10 de Betton, 2 des communes voisines (ESAT, MAS dépendant de l’hôpital psychiatrique, Foyer de déficients visuels, Résidence de personnes cérébro-lésées, Adapt, 2 Ehpad, etc). La demande récurrente faite à la médiathèque est donc de pouvoir trouver des livres pour adultes qui ont une déficience lourde mais qui lisent, simples mais attractifs, accessibles mais pas enfantins, et qui sortent du « livre pratique » que les résidents savent déjà très bien trouver (cuisine, jardins…).

Parallèlement, une bibliothécaire de l’équipe a suivi la formation sur « lectures faciles en bibliothèque » que j’ai eu le plaisir d’assurer pour la Médiathèque d’Ille-et-Vilaine, en lien avec le « kit » facile à lire constitué par Livre & Lecture en Bretagne. Et ce cheminement a amené tout naturellement l’idée d’implanter un Espace facile à lire au cœur de la médiathèque. Mais comment ? Je vous invite à suivre la réflexion des collègues de Betton qui sont justement au démarrage du projet !

Quel choix de livres ?

L’idée n’est pas de créer une nouvelle ligne budgétaire mais bien d’avoir une attention nouvelle lors des acquisitions. Et de diversifier les genres : livres-audio courts, petit choix de poésie, romans, recueils de textes, récits vécus…Par exemple, Petits moments de bonheurs volés de Francesco Piccolo (Denoël) a été repéré par Muriel lors de son arrivée sur les étagères. Format court, ton léger, valorisation du quotidien…

Muriel cite aussi, dans un autre genre, la collection Raconter la vie du Seuil : récits vécus d’ouvriers, de chauffeurs routiers…peu de pages mais du « vrai » extrait de la vie de ces « gens de peu » rarement présents dans la littérature.

Petis_moments_bonheursvolés   Raconter_vie_col

Idée intéressante de Muriel : appliquer aux films les mêmes principes du « facile à lire », du cinéma « facile à voir », c’est-à-dire être capables de trouver rapidement des titres de films en DVD accessibles mais sortant de ce que les résidents voient à la télé. Du cinéma de qualité, mais des films pas trop longs et qui donnent la pêche, parce que la vie en collectivité n’est pas toujours facile.

Quel lieu ?

Quelques rayonnages vont se déplacer en uniface sur un mur, quitte à supprimer une petite surface d’exposition pas très bien située, et l’espace retrouvé accueillera mobilier et chauffeuses, avec la lumière des vitres toutes proches et la vue sur le parc.

Quel mobilier ?

L’équipe est en quête et cherche dans les catalogues de fournisseurs des modules correspondant à ces critères : beaucoup de présentations en « facing », quelques rangements de stockage, un coloris qui contraste avec le reste du mobilier…Elle ne s’interdit pas de solliciter un scénographe pour un mobilier plus personnalisé.

Quel repérage ?

La signalétique n’a pas été décidée encore. Les mots « facile à lire » seront-ils retenus ? Hésitation…En revanche, oui, les livres auront un picto, peut-être le picto européen du facile à lire. D’autres détails seront à déteriner : quel critère de recherche dans le catalogue ? Mettre ou pas des indicateurs de niveau ?

.Picto_facile_lire

On le voit. Il faut mûrir ce type de réflexion pour construire un espace facile à lire. En même temps, pas de panique. Ces fonds sont conçus pour être une accroche, une vitrine. Les documents doivent y tourner, être constamment renouvelés pour une mise en appétit. Aucune erreur grave ! Et le succès est au bout, tant les publics concernés sont nombreux.

Nous reviendrons à Betton dans quelques mois, pour vous raconter la suite !

Le premier roman « facile à lire et à comprendre » pour les adolescents ayant un handicap mental

Par Françoise Sarnowski

Tout a commencé par l’initiative de quelques parents d’enfants ayant un handicap mental et militant au sein de l’APEI Rueil-Nanterre, notamment Véronique Cantrel, Vice-présidente. Constatant la difficulté de trouver pour leurs enfants devenus adolescents des livres simples dans la forme mais non infantilisants, ces cinq parents ont décidé en septembre 2013 de créer l’association FALEAC, facile à lire et à comprendre, et d’auto-éditer le 1er roman de ce qui sera certainement une collection : les aventures de Manon et Lucas.

Manon_lucas_couv

Une fois écrit, restait à trouver un financement pour l’édition. C’est Le Lion’s club de Rueil qui a apporté cet argent. Voici donc un roman qui présente clairement sur sa jaquette le pictogramme S3A du handicap mental et celui créé par Inclusion Europe : Facile à lire et à comprendre.

Picto_facile_lire

L’intérêt de ce livre est de proposer 2 niveaux de lecture : page de droite, le lecteur ayant un faible niveau de lecture trouvera l’histoire en version véritablement adaptée : phrases courtes, mots très simples, régulièrement répétés pour faciliter la compréhension, verbes au présent, lettres muettes grisées, style direct, illustration, etc. Les caractéristiques pour transcrire en langage simple ont été définies et se trouvent sur le site de l’association.

Sur la page de gauche, le lecteur trouvera le texte écrit simplement mais normalement. Ceci est très important pour aider les jeunes déficients intellectuels à faire eux-mêmes leur chemin de lecture.

Vol-a-la-colonie_début

Ce livre a toute sa place en bibliothèque. Espérons qu’il sera bientôt rejoint par d’autres titres, édités par l’association et par des éditeurs courants qui pourraient publier des adaptations « facile à lire » de la même façon qu’ils le font « en gros caractères ». Et pour cela, les bibliothécaires ont un rôle important de soutien et de valorisation !

Vol de bonbons à la colonie / Association FALEAC, 2014. (Les aventures de Manon et Lucas). 7 € + 3 € de frais de port pour 1 livre. Règlement à l’ordre de Faleac à envoyer à : FALEAC, 17 ter rue Crevel Duval – 92500 Rueil-Malmaison. assofaleac@gmail.com

A lire : Directives pour les documents faciles-à-lire / IFLA. 1999.

Kit pour des Espaces « facile à lire » dans les bibliothèques de Bretagne