Auteur : Françoise Sarnowski

Le Prix ados d’Ille-et-Vilaine en version sonore : une ressource de qualité et une référence

IMG_5188

Le Prix ados Rennes / Ille-et-Vilaine, porté par le département, la Ville de Rennes et la librairie Courte échelle, vient de fêter ses 20 ans. Il encourage les jeunes de 13 à 16 ans à lire et les invite à venir échanger autour des livres et rencontrer les auteurs en juin. C’est une action qui s’inscrit dans la durée, portée par les bibliothécaires et les documentalistes de collèges.

Les débuts

Depuis 2005, une version sonore de chaque livre a été réalisée dans un objectif de rendre accessible ce prix à des jeunes déficients visuels, scolarisés dans des ULIS. Ce projet a été initié par la Médiathèque de Saint-Jacques de la lande, dans le cadre d’une mission « Pôle Borges » autour de la déficience visuelle. Des comédiens ont été recrutés dès la seconde année et formés à l’utilisation du logiciel permettant d’obtenir un format Daisy. Le GIAA, Groupement des Intellectuels Aveugles et Amblyopes est partenaire depuis le début, pour la vérification et la gravure des CD.

Depuis 2016, le tournant

Il y a eu un tournant en 2016 avec la reprise de ce gros travail par la Médiathèque départementale. Ceci a permis de produire les lots de CD avec davantage de moyens, notamment la reprographie du Conseil départemental. La réalisation matérielle des boitiers s’est améliorée : ils sont toujours au format DVD permettant de mieux reproduire les jaquettes de livres, mais le verso a gagné en lisibilité : textes noirs sur fond blanc, bandeau avec le nom du comédien ou de la comédienne qui a prêté sa voix et durée d’écoute. Les étiquetages en braille sont ajoutés dans les structures qui achètent les lots.

Les comédiens sont partie prenante du projet. Certains participent depuis le tout début, comme Gilles Bataille, acteur que l’on a pu retrouver dans un film populaire Bowling. D’autres sont arrivés récemment, afin d’offrir un panel de 6 voix différentes.

Depuis 2015, la Médiathèque départementale, avec le soutien de Bibliopass, organise une rencontre entre des collégiens et des adultes déficients visuels, pour parler des livres mais aussi des préférences de lecture : braille ou sonore, téléchargement ou CD…Un ou une comédien-ne est aussi invité-e pour échanger sur les attentes des auditeurs en matière de timbre de voix, rythme, etc.

2018, extension de la diffusion

Cette nouvelle édition 2017-2018, avec son lot de 10 romans, devrait voir une diffusion beaucoup plus large, pour 4 raisons :

  • l’extension de l’exception handicap permet d’offrir ces livres-audio daisy à des personnes dyslexiques, ou malvoyantes, ou avec un autre handicap avéré
  •  le choix des romans, par leur intérêt, permet de proposer ces lectures aussi à des adultes. Certains titres sont « faciles à lire », par exemple cette année Traits d’union, un court roman sur un sujet d’actualité, qui fait 66 pages, 52 minutes d’écoute.
  • le nouveau lot rejoint les précédentes éditions et les enregistrements qui ont été faits des suites de séries, ce qui offre un catalogue 2007-2018 de 150 titres
  • la diffusion n’est pas réservée à l’Ille-et-Vilaine : toute bibliothèque peut commander ces livres, au prix coûtant de 20€ les 10 titres (!), à condition de signer sur l’honneur un engagement à respecter la loi, c’est-à-dire à ne prêter ces CD daisy qu’à des personnes en situation de handicap.

En savoir + sur les livres de cette édition

S’informer et commander

Publicités

Patients : l’histoire vraie du slameur Grand Corps Malade

Un film sur le handicap…encore, direz-vous ? oui mais allez le voir…

Le film est adapté du livre-récit Patients, édité en 2012, et qui raconte l’histoire de Fabien Marsaud, jeune sportif qui rêvait de compétition et qui a du accepter de réadapter son espoir…il est ensuite devenu le slameur Grand Corps Malade…

Le film a été tourné dans le centre de réadaptation de Seine-et-Marne où Fabien a passé 1 an de rééducation. Les figurants sont des vrais patients mais les acteurs sont valides. Fabien explique que sur 4000 personnes reçues au casting, seules 3 étaient en fauteuil roulant.

Plutôt que des tas de mots pour vous expliquer la justesse de ce film, laissons les mots de la chanson du générique…

Bah ouais c’est sur c’est la merde

C’est pas trop ça ce qui était prévu

Nos ambitions sont en berne et notre avenir est en garde à vue

 

Et si c’est vrai que l’intelligence et la capacité d’adaptation

Il va falloir la joué rusé face à certaines situations

Avec une enclume sur le dos, les pieds liés et les vents de face

C’est déjà plus dure d’aimer la vie, de faire des sourires dans la glace

On a perdu la première manche mais le même joueur rejoue

Le destin nous a giflé, on ne veut pas tendre l’autre joue

Alors va falloir inventer avec du courage plein les poches

Trouver autre chose à raconter pour pas louper un deuxième coche

Y’avait surement plusieurs options mais finalement on a opté pour accepter cette position

Trouver un espoir adapté

Alors on va relever les yeux, quand nos regrets prendront la fuite

On se fixera des objectifs à mobilité réduite

Là bas au bout des couloirs, il y aura de la lumière à capter

On va tenter d’aller la voir avec un espoir adapté

Un espoir adapté, c’est l’envie de croire qui résiste

Même en milieu hostile c’est la victoire qui existe

Ces cinq pentes un peu perdues qui tentent de battre encore des ailes

C’est retrouvé le bout de la sueur entre deux barres parallèles

Un espoir adapté, c’est de l’espoir bousculé

Parce qu’on est dos au mur, y’a plus de place pour reculer

Comme un instinct de survie on pense encore à avancer

 

À la fin de quelque chose il y a bien quelque chose à commencer

Après avoir nagé au cœur des points d’interrogations

On va sortir de la torpeur certains diront reconversion

Là bas au bout des couloirs, y’aura de la lumière à capter

On va tenter d’aller la voir avec un espoir adapté

 

Retrouver un espoir sans oublier ceux qui saignent

Car dans cette quête on est pas tous logés à la même enseigne

Ma deuxième chance et même si je peux la rendre belle

Je pense souvent à la tristesse du dernier sourire de Noel

Un espoir adapté c’est faire le deuil de tout les autres

Sourire encore ne serait-ce qu’en hommage à tous les nôtres

Ceux qui étaient là, qui m’ont portés au propre comme au figuré

Ceux qui ont adapté leurs vies pour rendre la mienne moins compliqué

 

 

 

 

Le Prix Facile à lire Bretagne 2017, un projet solidaire et coopératif

Nous avons déjà parlé sur ce blog du développement depuis 2014 des Espaces facile à lire dans le  Finistère, l’Ille-et-Vilaine et le Morbihan, soutenus par l’EPCI Livre et Lecture en Bretagne. La commission Accessibib prévoit d’en reparler plus largement lors du Congrès ABF, car de nombreuses villes et régions sont intéressées par ce concept et organisent des formations pour les équipes de bibliothèque..

module_avec_livres espace_facile_lire_dinard_2016 module_rougefdl-004

Cette idée, venue des pays scandinaves, consiste à installer dans un espace attractif (dans une bibliothèque et ailleurs dans la ville) des livres adaptés aux personnes qui ne lisent pas, ou peu, ou plus, pour des raisons d’illettrisme, d’éloignement social, de handicap (personnes dyslexiques par ex), de culture différente (Sourds, migrants…) ou de dépendance due à l’âge.

Devant le succès de ces expérimentations, Livre et Lecture en Bretagne et L’association Les Chemins de lecture souhaitent aller plus loin en lançant de janvier à septembre 2017, avec le soutien financier de la DRAC, de la Sofia, le soutien logistique des bibliothèques départementales et la participation de 13 communes, le 1er Prix Facile à lire Bretagne !

L’objectif n’est pas de « faire lire » mais, en soutien aux acteurs locaux souvent en manque de temps, de créer des rencontres humaines riches avec les habitants et avec des groupes constitués pour « faire vivre » les 8 livres de la sélection : lectures d’extraits, lectures-spectacle avec musique, débats sur les thèmes des livres, préparation à la rencontre avec les auteurs…

A travers ce prix, et en plus de l’accès aux personnes en exclusion sociale et culturelle, les Chemins de lecture souhaitent développer particulièrement l’accessibilité :

  • rencontres avec un interprète en LSF pour que les Sourds soient invités à participer
  • lectures adaptées aux personnes en situation de handicap mental ou polyhandicapées
  • lectures à haute voix et versions sonores facilitées pour les personnes déficientes visuelles
  • diffusion auprès de jeunes et d’adultes dyslexiquesen partenariat avec l’Aapedys 35, 29 et 56
  • lectures adaptées pour les adultes très âgés résidant en Ehpad et unités Alzheimer

pictos_handicap

Mais le budget est insuffisant pour atteindre ces objectifs de médiation et d’accessibilité portés par Les Chemins de lecture. Donc, une campagne de crowdfunding (financement collaboratif) est lancée depuis le 1er décembre sur la plateforme Kengo, qui soutient les projets bretons. Elle continuera jusqu’à fin janvier.

Nous avons besoin de tous !

tampon-financement-participa

 Pourquoi donner pour ce projet ? Parce qu’après cette édition expérimentale sur la Bretagne, avec 13 bibliothèques et leurs partenaires, le prix pourrait bien devenir un label d’accessibilité et s’étendre à d’autres régions, qui ont déjà constitué des espaces « facile à lire » : l’Hérault, La Loire Atlantique, la Sarthe, La Seine-Maritime…

Les donateurs deviendront acteurs du projet et recevront des contreparties : marque-pages, stickers, abonnement à la newsletter du projet, invitation à la remise des prix en septembre 2017…

En synthèse, le prix Facile à lire Bretagne 2017, c’est :

  • 13 bibliothèques participantes avec leurs partenaires + 3 BDP très impliquées
  • Une sélection de 8 livres faciles à lire pour tous et adaptés à des médiations
  • Des rencontres avec les auteurs / illustrateurs
  • Des lectures à voix haute et des échanges autour des livres, par les bibliothécaires, avec le soutien des Chemins de lecture
  • Un prix « auteur » et un prix « bibliothèque »
  • Un portage inédit par la collaboration entre une structure régionale et une association
  • Des supports de communication pérennes (création d’un logo Facile à lire Bretagne, réalisé par les Ateliers Art-Terre)

 

Pour faire une contribution financière au projet

Blog des Chemins de lecture, pour + d’infos sur la sélection, les bibliothèques participantes, etc.

Blog dédié de Livre et lecture en Bretagne (ouverture début janvier 2017)

 

picto_agir-contre-lillettrisme_logo

 

Rencontre ados-adultes déficients visuels autour du Prix ados

par Françoise Sarnowski, le 15 mai 2016

Pour la seconde année consécutive, une rencontre a été organisée par la Médiathèque d’Ille-et-Vilaine et Bibliopass autour du Prix ados sonore.

Rencontre autour du prix ados sonore 2016

Rencontre autour du prix ados sonore 2016

Pour rappel : le Prix ados Rennes / Ille-et-Vilaine a été créé en 1994 pour encourager la lecture des adolescents de 13 à 16 ans. Porté par la médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine, il fédère collèges, bibliothèques municipales et une librairie jeunesse autour d’une sélection annuelle de 8 à 10 livres. Les auteurs sont invités en juin à la remise du prix et font des tournées dans les différents lieux à la rencontre des jeunes.

En 2005, la Médiathèque Lucien Herr de Saint-Jacques de la lande, qui avait créé un « Pôle Borges dédié à la malvoyance » a commencé à transcrire les livres en compétition en version sonore pour les besoins des jeunes scolarisés au Collège des Ormeaux de Rennes, qui possède une ULIS, Unité localisée pour l’Inclusion scolaire de jeunes déficients visuels. La première année fut épique : avec les moyens du bord, les bibliothécaires ont enregistré les livres. Mais dès 2006, un budget a été demandé pour procéder à des enregistrements de qualité. Des comédiens ont été recrutés puis formés au logiciel permettant d’obtenir des livres au format Daisy, avec le partenariat du GIAA (Groupement des Intellectuels Aveugles et Amblyopes). Les CD ont été proposés dans des boitiers au format DVD afin d’intégrer une jaquette semblable aux livres. Le succès a dépassé les espérances puisque des jeunes porteurs d’autres handicaps les empêchant de lire ont sollicité le droit d’emprunter ces livres daisy, et des adultes déficients visuels ont tout de suite été des auditeurs fidèles car la qualité d’enregistrement les séduisait.

En 2015, la médiathèque départementale a repris le lourd travail que faisait la médiathèque de Saint-Jacques et Bibliopass, dans sa mission d’accompagnement à l’accessibilité des bibliothèques a cherché des idées simples pour mieux valoriser ce travail important qui restait trop confidentiel. L’idée est donc venue de faire se rencontrer des jeunes et des adultes autour de quelques titres de la sélection. En mai, se sont donc retrouvés au collège 4 adultes déficients visuels, 6 adultes professionnels (principale adjointe, documentaliste, bibliothécaires…) et 8 jeunes scolarisés de la 5ème à la 3ème.

Les adultes de la réunion

Les adultes de la réunion

La discussion a porté sur chacun des 3 livres sélectionnés pour leur capacité à intéresser à la fois adolescents et adultes. Et les différences d’appréciation sont intéressantes à écouter : Le livre Vers le bleu par exemple, a un peu choqué les adultes par le nombre de mots crûs, qui n’ont pas dérangé en revanche les jeunes. Pauline demoiselle des grands magasins a un peu énervé les adultes parce qu’il est une sorte de plagiat de Au bonheur des dames de Zola, ce que les jeunes ont découvert puisqu’ils n’ont pas lu ce classique. La poésie fantastique du roman Le prodigieux destin de Peter a séduit certains adultes et certains jeunes tandis que d’autres lecteurs n’ont pas du tout accroché. L’âge ne joue pas toujours donc dans ces différences d’appréciation !

La seconde partie du débat a porté sur les différents modes de lecture : Patricia est une dame qui, ayant perdu la vue tardivement, lit beaucoup en sonore et n’est pas assez bonne brailliste pour lire. Jean-Baptiste, en 3ème, lit en noir mais préfère les livres audio, comme Lilouenn en 4ème. Anaïs, en 5ème, lit plutôt en braille. Nasredine, professeur de musique, lit en braille et en numérique.

Benoit, de la Médiathèque départementale et Françoise, de Bibliopass, ont apporté en conclusion des informations sur les services proposés sur le territoire et les avancées technologiques permettant de lire plus facilement. Ils ont rappelé aussi qu’il existe un catalogue de la centaine de livres enregistrés dans ce cadre du prix ados, puisque ce travail se fait depuis 10 ans et que les suites ont aussi été enregistrées lorsque le Tome 1 d’un roman figure dans une sélection.

Les livres et leur version sonore

Les livres et leur version sonore

Cette belle collection de littérature ado-adulte est bien sûr disponible au-delà de l’Ille-et-Vilaine : tous les titres sont présents sur la BNFA (Bibliothèque numérique francophone accessible) développée par Braillenet et les bibliothécaires peuvent s’en faire les médiateurs car cette ressource n’est pas connue de toutes les personnes empêchées de lire. Il est possible aussi de commander un lot chaque année pour une somme très symbolique de 20 € qui ne rembourse que les CD vierges et les boitiers.

Faites vivre les livres du Prix ados sonore d’Ille-et-Vilaine sur votre territoire !!

En savoir +

 

Associer sa bibliothèque à la Semaine d’information sur la santé mentale

Par Françoise Sarnowski

SISM2015_35

 

La SISM, Semaine d’information sur la santé mentale, a lieu du 16 au 29 mars 2015. 700 évènements partout en France permettent d’informer le grand public et de débattre sur la santé mentale.

La thématique retenue cette année est : « Etre adolescent aujourd’hui« .

Comment une petite ou moyenne bibliothèque peut-elle participer ?

La meilleure méthode est de se fédérer à un réseau, avec ou sans la participation de votre médiathèque départementale. Voici quelques conseils, à partir de l’exemple du réseau de 6 bibliothèques du Pays de Brocéliande en Ille-et-Vilaine :

  • La BDP, ou le ou la bibliothécaire qui prend en charge le projet pour le réseau, prend contact avec la coordination nationale et l’organisme qui coordonne la SISM sur le secteur. Par exemple : l’EPSM Lille-Métropole pour la région Nord-Pas-de-Calais, Espoir 54 pour la Lorraine, le Collectif rennais SISM piloté par la Maison associative de la santé avec le soutien de l’ARS Bretagne, le CG35, le Centre hospitalier Guillaume Régnier et la Ville de Rennes.
  • Il ou elle propose des bibliothèques volontaires pour accueillir un évènement, en indiquant la capacité d’accueil.
  • L’organisme de coordination SISM propose en retour des professionnels susceptibles d’intervenir pour des conférences et débats, des expositions et des films disponibles.
  • La BDP ou les bibliothécaires en réseau élaborent une bibliographie sur la thématique de l’année et une liste d’adresses utiles (Centres médico-psychologiques, Missions locales, Numéros de secours en ligne, etc).

Le succès est assuré parce que vos rendez-vous seront intégrés dans un programme d’ensemble autour duquel il y aura de la communication. Et le grand public est très désireux de rencontrer psychologues, psychiatres, soignants, enseignants, etc.

Quelle idée originale une plus grande médiathèque peut-elle mettre en place ?

La SISM est une excellente occasion d’expérimenter une « bibliothèque de livres vivants« . Késaco ? Il s’agit de permettre à un usager d’ « emprunter » le temps d’un entretien de 20 minutes une personne qui sera comme un livre vivant, c’est-à-dire qui communiquera une information sur son vécu personnel, de malade ou de thérapeute. C’est tout à fait indiqué dans le cas des troubles psychiques qui suscitent de la peur et de l’angoisse chez autrui.

 

La santé mentale ? Nous sommes tous concernés ! Parlons-en dans les bibliothèques…

En savoir + :

Programme des bibliothèques du Pays de Brocéliande : SanteMentale2015ProgrammeBibs

Programme SISM – Collectif rennais : Programme-semaine-santé-mentale-2015_Rennes

Bibliographie de la Médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine : Etre adolescent aujourd’hui / Virginie Lescop : SanteMentale2015BiblioAdos

 

 

Skita : une démarche éditoriale intégrant l’accessibilité

Par Françoise Sarnowski

 

Nous, bibliothécaires, sommes de plus en plus sensibles à la question du handicap et souhaitons intégrer dans nos fonds des livres adaptés aux besoins spécifiques des enfants et adultes concernés. Le problème est que l’édition adaptée est très restreinte. Par exemple, il n’existe que trois collections dédiées aux enfants dyslexiques, soit moins d’une vingtaine de livres.

Un autre écueil réside dans le fait que ces collections, ayant pour objectif premier l’accessibilité, ne sont pas dans la recherche d’une grande qualité artistique.

Ca fonctionne mais on n’est pas dans l’idée désormais incontournable d’une égalité d’accès à la production culturelle.

L’intérêt de la démarche des éditions Art-Terre, implantées à Rennes, est que chaque album est toujours le fruit d’un long et exigeant travail artistique. L’accessibilité était déjà réelle puisque les bibliothécaires utilisent par exemple l’ABC des bestioles avec des publics d’enfants et d’adultes en situation de handicap mental ou avec des personnes âgées, tant sa qualité artistique se conjugue avec la simplicité et le ludique.

Skita

Mais l’équipe d’Art-Terre va encore plus loin avec Skita, en intégrant très en amont dans le projet artistique les exigences d’accessibilité pour des enfants dyslexiques. Pour cela, ils ont su écouter les avis des spécialistes, orthophonistes, parents d’enfants « dys », personnes « dys » elles-mêmes, et ont modifié des éléments, par exemple une police de caractères « opendyslexie »ou l’emplacement des textes sur les pages, sans nuire à la qualité de l’album. Skita est le fruit de ces premières rencontres mais ce ne sera pas un « coup éditorial »,  l’équipe continue à réfléchir à ces questions pour leurs prochains titres.

C’est cette démarche que nous attendons des éditeurs : intégrer subtilement des critères d’accessibilité dans les projets éditoriaux,  pour que les enfants qui ont une difficulté particulière avec l’écrit disposent d’un choix de lecture le plus large possible et que les  livres, issus d’un long travail éditorial, touchent le plus large public possible. Tout le monde est gagnant !

Albums publiés par les éditions Art-Terre :

Art_Terre

 

En savoir +

fiche album SKITA (3)

Site d’Art-Terre

L’handispensable : le télérama du handicap

Par Françoise Sarnowski

Enfin ! Un mag qui parle du handicap sans être paramédical, législatif ou socio-éducatif ! Le numéro 1 d’Handispensable vient de paraître, et, franchement, en le prenant en main, on est immédiatement séduits : d’abord le format, la reliure et la qualité du papier en font un vrai magazine, agréable à parcourir.

Handispensable_couv

Ensuite, les rubriques et le style de rédaction sont innovants et dynamisants. Dans ce numéro, on a aimé :

  • Le dossier « Humour et handicap » qui commence très fort avec cette phrase : « Je me suis déjà mis à la place d’un handicapé…surtout à celle de parking« . Le dossier évoque l’excellente BD « La bande à Ed » (éditée comme le magazine par Grrr…art éditions), le travail artistique de l’humoriste Guillaume Bats, et un micro-trottoir sur « peut-on rire de tout ? ».
  • La rubrique Culture, vraie rubrique de 12 pages, qui présente des CD, des livres, des DVD…de qualité, qui parlent parfois du handicap …mais pas toujours ! Et ça, c’est un vrai ++ que nous saluons.
  • La rubrique Mode est une révélation : pratique, elle nous apprend des choses sur les spécificités de l’habillement lorsqu’on est handicapé (par exemple la longueur des pantalons à prévoir si on est en fauteuil roulant, eh oui !). Audacieuse, elle présente bustiers sexy, leggings, blouson de cuir…
  • La BD offre un temps de détente et valorise cette excellente série qui met en scène ED, petit garçon en fauteuil qui vit en banlieue avec sa bande composée de petits gars tous un peu différents.

handi_litt   Handi_cine

Handi_mode    Handi_ed

Grâce à ce caractère culturel et généraliste sur tous les handicaps, une bibliothèque publique peut s’abonner sans problème. N’hésitez pas à le présenter à votre public !

L’Handispensable. Magazine trimestriel édité par Grrr…art éditions. Directeur de publication : Gérard Grard. 5,40 € l’unité. Abonnement 1 an (4 numéros) : 20 €

 

Réflexion autour d’un espace « facile à lire », opus 1

Par Françoise Sarnowski

La médiathèque de Betton, dans l’agglomération de Rennes, est un équipement phare : créée en 2008, elle se fait déjà remarquer par son architecture exceptionnelle et son label HQE, Haute qualité environnementale. Ce fut un souhait politique d’inscrire cet équipement au cœur d’un parc situé en plein centre-ville, un splendide espace vert vallonné, avec de beaux arbres et des ponts qui enjambent la rivière. Le bâtiment mêle subtilement la terre, le bois, le cuivre et le verre.

La médiathèque a été baptisée Théodore Monod, en hommage au grand naturaliste, infatigable marcheur des déserts. Les coloris intérieurs brun et sable sont à l’image de la thématique développée dans les collections : l’Afrique.

Mediatheque_Betton

Au-delà du bâtiment, la médiathèque est aussi remarquable par son projet, développée par une équipe dynamique dirigée par Muriel Piffeteau, une bibliothécaire chevronnée qui a aussi effectué une formation d’audiodescriptrice. L’équipe  diversifie les propositions au public, autour du cinéma, des jeux vidéo, des livres-audio, des tablettes numériques, du prêt de baladeurs, etc. Elle a aussi le souci de répondre à une demande qui s’est formulée peu à peu, par l’intermédiaire des professionnels médico-sociaux travaillant dans les structures d’hébergement spécialisées de la ville.

Betton a en effet la caractéristique d’accueillir 12 établissements médico-sociaux, 10 de Betton, 2 des communes voisines (ESAT, MAS dépendant de l’hôpital psychiatrique, Foyer de déficients visuels, Résidence de personnes cérébro-lésées, Adapt, 2 Ehpad, etc). La demande récurrente faite à la médiathèque est donc de pouvoir trouver des livres pour adultes qui ont une déficience lourde mais qui lisent, simples mais attractifs, accessibles mais pas enfantins, et qui sortent du « livre pratique » que les résidents savent déjà très bien trouver (cuisine, jardins…).

Parallèlement, une bibliothécaire de l’équipe a suivi la formation sur « lectures faciles en bibliothèque » que j’ai eu le plaisir d’assurer pour la Médiathèque d’Ille-et-Vilaine, en lien avec le « kit » facile à lire constitué par Livre & Lecture en Bretagne. Et ce cheminement a amené tout naturellement l’idée d’implanter un Espace facile à lire au cœur de la médiathèque. Mais comment ? Je vous invite à suivre la réflexion des collègues de Betton qui sont justement au démarrage du projet !

Quel choix de livres ?

L’idée n’est pas de créer une nouvelle ligne budgétaire mais bien d’avoir une attention nouvelle lors des acquisitions. Et de diversifier les genres : livres-audio courts, petit choix de poésie, romans, recueils de textes, récits vécus…Par exemple, Petits moments de bonheurs volés de Francesco Piccolo (Denoël) a été repéré par Muriel lors de son arrivée sur les étagères. Format court, ton léger, valorisation du quotidien…

Muriel cite aussi, dans un autre genre, la collection Raconter la vie du Seuil : récits vécus d’ouvriers, de chauffeurs routiers…peu de pages mais du « vrai » extrait de la vie de ces « gens de peu » rarement présents dans la littérature.

Petis_moments_bonheursvolés   Raconter_vie_col

Idée intéressante de Muriel : appliquer aux films les mêmes principes du « facile à lire », du cinéma « facile à voir », c’est-à-dire être capables de trouver rapidement des titres de films en DVD accessibles mais sortant de ce que les résidents voient à la télé. Du cinéma de qualité, mais des films pas trop longs et qui donnent la pêche, parce que la vie en collectivité n’est pas toujours facile.

Quel lieu ?

Quelques rayonnages vont se déplacer en uniface sur un mur, quitte à supprimer une petite surface d’exposition pas très bien située, et l’espace retrouvé accueillera mobilier et chauffeuses, avec la lumière des vitres toutes proches et la vue sur le parc.

Quel mobilier ?

L’équipe est en quête et cherche dans les catalogues de fournisseurs des modules correspondant à ces critères : beaucoup de présentations en « facing », quelques rangements de stockage, un coloris qui contraste avec le reste du mobilier…Elle ne s’interdit pas de solliciter un scénographe pour un mobilier plus personnalisé.

Quel repérage ?

La signalétique n’a pas été décidée encore. Les mots « facile à lire » seront-ils retenus ? Hésitation…En revanche, oui, les livres auront un picto, peut-être le picto européen du facile à lire. D’autres détails seront à déteriner : quel critère de recherche dans le catalogue ? Mettre ou pas des indicateurs de niveau ?

.Picto_facile_lire

On le voit. Il faut mûrir ce type de réflexion pour construire un espace facile à lire. En même temps, pas de panique. Ces fonds sont conçus pour être une accroche, une vitrine. Les documents doivent y tourner, être constamment renouvelés pour une mise en appétit. Aucune erreur grave ! Et le succès est au bout, tant les publics concernés sont nombreux.

Nous reviendrons à Betton dans quelques mois, pour vous raconter la suite !

Accessibib au Congrès ABF

Par Françoise Sarnowski

Venez rencontrer les membres du groupe Accessibib sur le stand D4 du Congrès ABF qui se tient du 19 au 21 juin à la Porte de Versailles !

Nous serons présents en continu cette année pour vous rencontrer, répondre à des questions précises au sujet de l’accessibilité des bibliothèques et des services que vous pouvez mettre en place pour les publics en situation de handicap, et vous faire quelques démonstrations de matériels et collections adaptés.

Quelques exemples :

  • Hélène, de la bibliothèque Marguerite Duras à Paris, présentera des livres en multi-adaptations « braille-sonore-tactile » et quelques applications accessibles sur l’Ipad, tablette intégrant la synthèse vocale Voice Over
  • Anne-Laurence, bibliothécaire à Chaptal à Paris, présentera les Pôles Sourds de Paris, des vidéos LSF et des collections « Culture Sourde« 
  • Marie-Noëlle, conservateur à la médiathèque José Cabanis de Toulouse, fera une démonstration du Milestone, lecteur vocal de puces RFID
  • Luc, de la médiathèque de l’association Valentin Haüy, vous exposera les avantages du format standardisé Daisy et les possibilités d’adhésion à la bibliothèque accessible Eole
  • Françoise, bibliothécaire-formatrice, fera fonctionner pour vous le Lecteur numérique Booksense et le smartphone Télorion et vous présentera des exemples d’éditions adaptées  aux dyslexiques et aux adolescents en situation de handicap mental

Telorion_S3_Vox_bandeau Poles_sourds

DAISY-CD     Ipad-voice-over

 

En lien avec la thématique du congrès « nouveaux métiers, nouvelles compétences », les membres d’Accessibib vous expliqueront comment l’accès aux métiers des bibliothèques aux personnes en situation de handicap s’améliore grâce à des adaptations de documentation professionnelle, à des accueils de stagiaires, à un signaire LSF du vocabulaire bibliothéconomique, etc.

Rendez-vous importants dans le programme du Congrès :

  • Jeudi à 14h30 : « Y a-t-il encore un cœur de métier » avec Frédéric Guéguen, Directeur de la Bibliothèque de la Sarthe, qui évoquera les formations concernant l’accueil des publics handicapés
  • Jeudi à 16h30 : « Innovations et nouveaux profils » avec Ludovic Pelligrini, qui évoquera les publics sourds de la Ville de Paris – Rencontre interprétée en LSF

 

Venez nous voir, venez discuter !

Les membres d’Accessibib et la présentation du groupe en vidéo LSF

 

 

Le premier roman « facile à lire et à comprendre » pour les adolescents ayant un handicap mental

Par Françoise Sarnowski

Tout a commencé par l’initiative de quelques parents d’enfants ayant un handicap mental et militant au sein de l’APEI Rueil-Nanterre, notamment Véronique Cantrel, Vice-présidente. Constatant la difficulté de trouver pour leurs enfants devenus adolescents des livres simples dans la forme mais non infantilisants, ces cinq parents ont décidé en septembre 2013 de créer l’association FALEAC, facile à lire et à comprendre, et d’auto-éditer le 1er roman de ce qui sera certainement une collection : les aventures de Manon et Lucas.

Manon_lucas_couv

Une fois écrit, restait à trouver un financement pour l’édition. C’est Le Lion’s club de Rueil qui a apporté cet argent. Voici donc un roman qui présente clairement sur sa jaquette le pictogramme S3A du handicap mental et celui créé par Inclusion Europe : Facile à lire et à comprendre.

Picto_facile_lire

L’intérêt de ce livre est de proposer 2 niveaux de lecture : page de droite, le lecteur ayant un faible niveau de lecture trouvera l’histoire en version véritablement adaptée : phrases courtes, mots très simples, régulièrement répétés pour faciliter la compréhension, verbes au présent, lettres muettes grisées, style direct, illustration, etc. Les caractéristiques pour transcrire en langage simple ont été définies et se trouvent sur le site de l’association.

Sur la page de gauche, le lecteur trouvera le texte écrit simplement mais normalement. Ceci est très important pour aider les jeunes déficients intellectuels à faire eux-mêmes leur chemin de lecture.

Vol-a-la-colonie_début

Ce livre a toute sa place en bibliothèque. Espérons qu’il sera bientôt rejoint par d’autres titres, édités par l’association et par des éditeurs courants qui pourraient publier des adaptations « facile à lire » de la même façon qu’ils le font « en gros caractères ». Et pour cela, les bibliothécaires ont un rôle important de soutien et de valorisation !

Vol de bonbons à la colonie / Association FALEAC, 2014. (Les aventures de Manon et Lucas). 7 € + 3 € de frais de port pour 1 livre. Règlement à l’ordre de Faleac à envoyer à : FALEAC, 17 ter rue Crevel Duval – 92500 Rueil-Malmaison. assofaleac@gmail.com

A lire : Directives pour les documents faciles-à-lire / IFLA. 1999.

Kit pour des Espaces « facile à lire » dans les bibliothèques de Bretagne