La bibliothèque Fessart « pôle sourd » à Paris

Par Luc Maumet

Au printemps 2014 je me suis rendu à la bibliothèque Fessart pour rencontrer Solenna Renard et Sophie Pellé bibliothécaires responsables de l’accueil des publics handicapés.

La publication de ce compte rendu de visite a été un peu retardée. L’avenir de ce service était alors assez incertain et je n’ai pas voulu interférer avec les discussions en cours. Mais aujourd’hui, la mairie de Paris a donné son assurance que le service sera maintenu, voici donc ce que j’ai pu découvrir en quelques mots.

La bibliothèque Fessart

Au sein du réseau des bibliothèques de la ville de Paris Fessart est une « petite » bibliothèque de 400 m2 avec une équipe de 10 personnes. Elle accueille un public de quartier.

Fessart est l’un des « Pôles Sourds » de la ville de Paris qui ont pour fonction d’offrir un accueil en LSF aux personnes sourdes.

Quelques usagers sourds sont des habitants du quartier. Le plus souvent, ils ne se signalent pas comme tels et utilisent la bibliothèque en autonomie. Il n’y a pas dans le quartier de structure, école ou autre, accueillant spécifiquement les personnes sourdes.

Deux bibliothécaires spécialisées

sophi et solenna h

Solenna Renard est entendante. Elle travaille à Fessart depuis janvier 2013. Elle remplace une collègue qui a travaillé pendant 20 ans à Fessart et était déjà investie dans le travail auprès des publics sourds puisque c’est elle qui est à l’origine de la création du Pôle. Solenna a commencé à apprendre la LSF en janvier 2013 avec la structure Sign Events.

Sophie Pellé est sourde et parle la LSF. Elle travaille à Fessart depuis 2007 et est rentrée dans le réseau en 2005, au départ à St Éloi, puis elle a rejoint Fessart. Sophie a bénéficié d’une formation interne au réseau des bibliothèques de la ville de Paris ainsi que d’une formation sur le conte à l’IVT.

Les autres collègues de la bibliothèque Fessart sont formés en interne à la LSF (ville de Paris) deux heures tous les 15 jours.

Contes bilingues LSF/Français

Une fois par mois, Sophie et Solenna organisent une séance de conte bilingue LSF / français oral destinée aux publics sourds et entendants.

Cette heure du conte ne donne pas lieu à une mesure de la fréquentation spécifique par les personnes sourdes, mais des mesures sont réalisées ponctuellement comme durant la manifestation « Le mois de la main ».

De la même façon, une fois par semestre Fessart propose une animation LSF : un spectacle, un conte par des comédiens…

À la suite d’une formation qu’elle a suivie avec Olivier Schetrit, Sophie Pellé a commencé à créer des comptines en LSF. Elles sont ensuite adaptées en français et proposées durant l’heure du conte bilingue. Ces comptines ne sont pas filmées et le fait qu’elles ne soient pas protégées (du point de vue du droit d’auteur) est une difficulté pour leur éventuelle captation et leur partage.

Interventions hors les murs

Sophie et Solenna font des interventions à l’extérieur à l’Institut National des Jeunes Sourds de Paris ainsi que dans une classe bilingue. Lors de ces interventions, Sophie raconte une histoire en LSF : l’objectif est de donner envie de lire. L’accueil des enfants est toujours très bon.

Elles interviennent aussi auprès de classe du quartier d’enfants entendants pour faire de la sensibilisation.

Handicap mental

Différents groupes sont accueillis depuis 2007.

Le premier est un groupe d’adolescents ayant des troubles du spectre autistique qui fréquentent un hôpital de jour. Une fois par mois, trois jeunes de 12 à 14 ans viennent accompagnés par 2 ou 3 adultes.

Ces visites ont lieu le mercredi sur le temps d’ouverture au public. Les adolescents ont d’importantes difficultés de communication et sur les 3 deux sont sourds. Les bibliothécaires s’expriment en LSF à leur intention sans toutefois pouvoir déterminer précisément ce qui est compris ou pas.

Le but de ces visites est de permettre aux adolescents concernés de sortir de l’hôpital et de venir dans un lieu accessible à tous. Le travail autour de la LSF est d’autant plus important que peu de personnes maîtrisent cette langue dans l’hôpital de jour.

Un deuxième groupe d’enfants de l’hôpital de jour n’a pas la possibilité de venir jusqu’à la bibliothèque. C’est Sophie Pellé qui leur rend visite pour leur raconter des histoires en LSF. Le travail est très différent de celui qui peut être fait avec les jeunes sourds de l’INJS en particulier en raison de limites de communication. À l’hôpital de jour, une seule éducatrice est sourde. Les enfants sont très contents du contact qui leur est offert avec la LSF. Ils refont les histoires qui leur sont racontées, se les approprient.

De la même façon, des enfants et adolescents d’un autre hôpital de jour sont accueillis depuis janvier 2013. Une fois par mois, trois adolescents (12 à 15 ans) viennent accompagnés par 3 adultes. Les bibliothécaires racontent une histoire ou une comptine. Puis les adolescents choisissent et regardent les livres proposés par les bibliothécaires. L’accompagnement se fait en LSF.

Depuis février 2014, les bibliothécaires se déplacent dans cet autre hôpital une fois par mois pour intervenir auprès d’enfants plus jeunes (4 à 12 ans). Sophie et Solenna considèrent que les visites mensuelles sont un bon rythme et qu’un rythme supérieur serait difficile à tenir pour la bibliothèque.

Un centre de loisir « parité » qui accueille des enfants valides et des enfants handicapés rend aussi visite à la bibliothèque une fois par mois pour l’heure du conte. Ce sont des enfants capables d’être en groupe : c’est donc un travail plus classique.

Quel type de livres ?

Pour les enfants de l’hôpital de jour, les bibliothécaires utilisent des histoires très courtes ou des comptines. La principale difficulté est de trouver des livres intéressants pour ces enfants qui ne savent pas lire. De surcroît, la narration classique les intéresse peu. On ne connaît pas leur rapport à la narration. Mais on peut voir si un livre plaît ou pas. En l’absence de livre spécifiquement adapté, les bibliothécaires cherchent des livres interactifs, spectaculaires, où le regard peut se promener…

Les bibliothécaires ont souvent recours pour cela à des documentaires dont l’iconographie riche capte l’attention des enfants qui peuvent rester très longtemps sur une page qui plaît.

Sophie et Solenna présentent aussi les livres types « Où est Charlie ? ». Un enfant aime beaucoup les pages avec beaucoup de détails. L’objectif est de créer un lien avec le livre et non de jouer réellement au jeu de recherche. C’est la foule de détails qui semble attrayante pour les enfants concernés.

Certains enfants s’attachent à rechercher systématiquement un type de motif comme, par exemple, les mécanismes (engrenages, moteurs, éoliennes…) ou encore les mâchoires des différents animaux… Les imagiers sont aussi utilisés.

Les bibliothécaires proposent une sélection de livres et ils essaient de faire choisir à chaque participant un livre qui l’intéresse. Cette phase de choix peut être difficile, les enfants ayant une capacité d’attention limitée. Quand les bibliothécaires constatent qu’un livre « fonctionne » bien ils vont le proposer à nouveau lors d’une autre séance.

Les livres tactiles n’intéressent pas particulièrement. Ça n’a pas soulevé un gros enthousiasme. Les livres pop-ups rencontrent plus de succès, mais leur fragilité rend la casse inévitable. De plus, les livres pop-ups appartenant à la section jeunesse sont exclus du prêt.

Les enfants peuvent emprunter des livres. À l’hôpital de jour, ils ont une salle de repos dans laquelle ces livres sont mis à leur disposition.

Sophie et Solenna ont rédigé un document qui présente des pistes bibliographiques, fruits de leur expérience : vous pouvez le télécharger ici.

Les bibliothécaires de Fessart fabriquent, en outre, des maquettes pour accompagner l’heure du conte.

 

maquette

Une difficile mise en réseau

Même si elles sont informées de la multiplicité des expériences en bibliothèque dans l’accueil des personnes handicapées mentales, Solenna et Sophie déplorent la difficulté du partage d’expérience en la matière. De la même manière, les bibliothécaires de Fessart ne bénéficient pas de l’expérience des collègues qui, à l’étranger, pourraient mener des expériences similaires.

Et la suite ?

Au printemps 2014, lorsque j’ai rendu visite à Solenna et Sophie, la pérennité du pôle sourd de Fessart n’était pas acquise dans le contexte de l’ouverture annoncée d’un nouveau pôle sourd dans la bibliothèque Canopée. Aujourd’hui, nous savons que le pôle sourd de Fessart sera maintenu.

Je remercie Solenna Renard et Sophie Pellé pour le temps qu’elles m’ont accordé. Vous pouvez les contacter pour en savoir plus sur leur travail :

Email : sophie.pelle@paris.fr

Email : solenna.renard@paris.fr

 

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